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    PERSONNALITES MARQUANTES DE LA CITE

     

    Pierre DU CHATEL : 1490-1552

         Naît en l’an 1490 à Arc en Barrois de : Louis Quentin Du Châtel, gentilhomme, capitaine du château et ancien officier de Charles le Téméraire. Orphelin très tôt, d’une rapide intelligence il est au collège de Dijon à 10 ans. A 17 ans il enseigne dans son collège le grec et le latin. En 1526 il défend son ancien professeur Pierre Turrel accusé de magie et astrologie avec grande éloquence et lui évite la mort. L’évêque de Langres louera cette éloquence. La réputation d’Érasme le verra séjourner un temps à Bâle et se lier d’amitié avec le savant. Il revient à Dijon pour y étudier le droit civil. En 1531, il est remarqué par François de Dinteville, évêque d’Auxerre et ambassadeur à Rome, qui le prend comme secrétaire.

          Puis il voyage en Allemagne, Italie, à Chypre, en Égypte, Palestine, Syrie, Turquie, Grèce. Secrétaire du cardinal du Bellay, il est introduit à la cour par le comte de Tonnerre qu’il a connu des années auparavant. Il fera l’éloge funèbre de François 1er qui l’avait demandé comme bibliothécaire et l’avait nommé, après son entrée dans les ordres et diverses charges : évêque de Macon. Il protège l’imprimeur Estienne Dolet, François Rabelais, soustrait les protestants au bûcher tout en étant défenseur de l’église gallicane. Henri II lui conserve ses faveurs. Pierre Du Châtel reçoit les revenus de l’abbaye d’Auberive, il sera grand aumônier de France et évêque d’Orléans où il décède en 1552. 

     

    Pierre du CHATELET : 1516-1580

         Autre prélat né à Arc quelques années plus tard. Pierre, fils de Jacques de Sorcy et Françoise de Beauvau, fut chapelain en l’église du Chatelet à quatre ans (sic) ; puis chanoine à Nancy, Toul, Metz ; abbé ; évêque coadjuteur de Toul, sacré évêque à Trèves. Vivant à Nancy, il délègue ses charges et s’occupe des affaires du duché de Lorraine. Il sera inhumé à Toul en 1580. 

     

    Pierre LABELLE : 1572-1628

          Il naît dans une famille pauvre d’Arc. En bas âge il sort indemne de deux chutes accidentelles, l’une dans un puits, l’autre du dessus des murs d’enceinte de la cité, il est alors considéré comme étant sous la protection divine. Ses parents n’ont pas de quoi payer les cours ou les livres. Son désir d’étudier est fort et il se rend à la porte de l’école pour écouter les leçons. S’en apercevant, le maître l’accepte gratuitement en cours. Pierre fait de petits travaux de coton pour se payer les livres, étudie dehors à la bonne saison, à la lumière de la lampe du St. Sacrement en mauvaise saison la famille n’ayant pas de quoi payer les bougies. Il fait un court voyage à Paris pour poursuivre ses études, sa marraine qui y habite, l’encourage à revenir en Haute-Marne. Au décès de ses parents, Antoine de Vienne–Beaufremont le prend sous sa protection. Le chapelain Jean Poissenot le prépare à la prêtrise durant quelques années, il sera ordonné prêtre en 1596. Vicaire tout d’abord, puis à la demande de la population et du seigneur du lieu, il est nommé prêtre d’Arc après diverses péripéties.

         En raison des inondations fréquentes en hiver, obligeant les fidèles à suivre l’office à l’église des Ursulines, il fera rehausser le sol de l’église d’un mètre environ et fera bâtir la chapelle de l’hospice ou maladrerie. L’année 1608, un cultivateur de Montrot nommé Jean Lebon, observant le manège répété d’un de ses bœufs, découvre à l’endroit où se rend l’animal une statue de la vierge à l’enfant. La statue sortie de terre, une source jaillit à cet endroit. Il est permis de penser que cette statue provenait du prieuré tout proche et que les religieux fuyants l’auraient cachée là, hors des yeux des protestants. Pierre Labelle fait bâtir la première chapelle pour y placer la statue en 1610 et fait agrandir la chapelle de la maladrerie. Des guérisons inexpliquées sont alors observées.  

         Ses connaissances sont très étendues : grec, latin, philosophie, théologie, géographie, arithmétique, médecine, droit. Il transforme sa cure en séminaire, il intercède en faveur des travailleurs de l’industrie du coton pour le maintien des emplois, fait don de ce qu’il reçoit. Il est confident et ami du premier prieur des Récollets, pratique plusieurs exorcismes. À sa mort, son corps est déposé à l’église. Des guérisons se produisent sur son tombeau ce qui motivera le procès en canonisation, procès qui ne fut pas mené à terme. 

     

     Nicolas de l’HÔPITAL-VITRY : 15871-1644

         Issu d’une famille Napolitaine, capitaine des gardes du roi comme l’était son père, , il est mandaté par celui-ci et connu pour avoir tué le favori de Marie de Médicis : Concini. Pour ce fait il fut élevé à la dignité de maréchal de France et reçut une somme qui lui permit probablement d’acquérir les terres d’Arc et racheter celles de Chateauvillain à la famille d’Adjacette. À l’image des puissants de l’époque ou par remord, il fit des dons à l’Église. Il donne l’ermitage du Calvaire, vide depuis 1633, à la congrégation des Récollets, fait bâtir l’habitation et le cloître. Par son mariage, il est le beau-frère du surintendant des finances ; il se distingue militairement, assiège La Rochelle ; Richelieu le fera emprisonner à à la Bastille, Louis XIII le réhabilite, le nomme duc et pair de France. Il meurt en septembre 1644 

     

     François-Marie de l’HÔPITAL-VITRY : 1620-1679

         Ministre d’État, fils cadet de Nicolas, il lui succède. Louis XIV élève le comté de Chateauvillain-Arc en duché-pairie en sa faveur. L’année 1650, ce seigneur fait édifier la partie neuve du château, accolée à l’ancienne partie. De retour d’un voyage à Rome, il fait don des sept personnages à taille humaine (la descente de croix ou « sépulcre ») à l’église des Récollets. Après son décès ses terres sont vendues à la famille de Morstein.

     

     Louis-Alexandre de BOURBON-PENTHIÈVRE : 1678-1737

         Louis est comte de Toulouse, fils légitimé en 1681 de Louis XIV et de madame de Montespan, époux de Marie-Victoire de Noailles. Le roi élève le comté en duché-pairie pour son fils et ses enfants, les armes en étaient : d’azur à trois fleurs de lys d’or au bâton péri en barre. Grand amiral de France puis lieutenant général des armées, grand veneur, gouverneur de Bretagne. Il rachète le domaine d’Arc à la famille de Morstein, fait combler une partie des fossés qui entourent la cité. Son fils Louis de Bourbon-Penthièvre lui succède en 1737. Le baillage d’Arc était alors étendu aux bourgs et villages de : Valbruant, Giey, Cour-L’Evêque, Latrecey, Bugnières, Richebourg, Vaulargeot, Bricon, Semoutiers, Praslay, Apprey, Novelle, Crenay, Marac, Villiers sur Suize, Montrec, Leffonds, Rochetaillée, Chameroi, Levarens. 

      

    Antoine LEBEL : 1706-1793

                Né d’une famille établie à Montrot, son père Charles est né à Val-corbeau, hameau de Cour - l’Évêque. Très tôt occupé à  nettoyer le coton, ressource importante de l’époque, il passait ses moments de liberté à copier statues ou tableaux contenus dans l’église. Après une escapade de plusieurs mois à Paris à l’âge de quinze ans pour y visiter les monuments, il est bien décidé à y retourner pour étudier, ce qu’il réalisera à vingt-quatre ans. Il y vit de petits travaux. Le peintre du roi Jacques Aved remarque ce commissionnaire qui reste en admiration devant les tableaux. Aved l’admet dans son atelier après qu’Antoine ait critiqué le dessin d’une vache et montré son savoir en la matière. Ayant été chargé de faire le portrait du roi, Aved emmène son élève à Versailles, le roi prend Antoine en amitié. Louis XV lui ayant demandé d’aller chercher un papier dans un cabinet, voyant qu’il s’agit du projet d’un nouvel impôt, Antoine dit : « Si votre Majesté connaissait comme moi la misère des paysans, elle se garderait bien de mettre son projet à exécution », à quoi le roi répond : « Eh bien, jette le au feu ».  Antoine obtiendra un prix de l’académie, il excelle dans le portrait, les paysages et travaille avec François Boucher pour améliorer sa technique des sujets historiques. Reçu en 1746 à l’Académie royale de peinture, il est peintre et graveur, reconnu par ses contemporains, enjoué, généreux, ayant horreur du mensonge. Il meurt à Paris en 1793.                                                                  

      

    Etienne-Jean BOUCHU : 1714-1773

         Il naît à Langres, épouse Nicole Becquet, fille de maître de forge à Arc, il vient s’y fixer et devient lui-même maître de forges à Veuxhaulles puis à Arc en Barrois de par un bail au duc de Penthièvre (six usines de la vallée dépendaient du duché).. Il fait de nombreuses expériences sur le fer et analyse un grand nombre de minerais de fer en provenance de toute l’Europe. Ami de Diderot, il participe à l’encyclopédie et rédige en particulier l’article : Fer et Grosses Forges, effectue les croquis et décrit les moyens et les techniques nécessaires à la fabrication de la fonte et du fer. À la révolution, la première industrie est la métallurgie, le département est au second rang derrière la Meurthe et Moselle : en plus de la production de fonte et fer, se trouvent des tréfileries, pointeries, fabriques de chaînes, d’épingles, boulons, limes, essieux…etc. Etienne-Jean décède à Arc où l’on peut admirer sa maison. À sa mort, il est inhumé en la chapelle St. Hubert où la famille Becquet a « droit de charnier ».

     

     Louis de BOURBON-PENTHIEVRE : 1725-1793

         Comte de Guingamp, Lamballe, Moncontour et Roche-Esnard, dernier seigneur de Chateauvillain-Arc naît à Rambouillet en 1725. Il est filleul de Louis XV et de la reine Marie Leczinska, grand amiral, gouverneur de Bretagne et pair de France, grand veneur, époux de Marie-Thérèse d’Este-Modène. En plus de ses possessions, il recevra du comte d’Eu son oncle : Aumale, Gisors, Vernon, Les Andelys, Anet, Brie, Dreux et Sceaux. À contrecœur et sous la pression de Louis XV il lui cédera Rambouillet.  

         Cinq de ses enfants décèdent rapidement. Sa seule héritière, Louise-Adélaïde de Penthièvre épousera Louis-Philippe d’Orléans dit Philippe Egalité en 1769.  Louis de Penthièvre était considéré comme vertueux, bienfaisant, affable et bon. Il se trouve à Chateauvillain au début de juillet 1789, en 1790 il prend part à la cérémonie de la Fédération, fait le don patriotique du quart de ses revenus, il sera respecté jusqu’à sa mort naturelle à Vernon en 1793 où deux arbres de la Liberté seront érigés, l’un devant la maison commune et l’autre devant le château. On écrivit de lui : « …Mais si placé dans ces hautes positions, un prince, homme de bien, homme sensible toujours disposé à soulager l’infortune, à verser des consolations dans le sein de l’indigence, va lui-même à la recherche des pauvres, ne se trouvant désireux que du bien qu’il peut faire…un tel prince est non seulement un homme utile, il est aussi un exemple à la terre…tel fut le duc de Penthièvre. »

         La bienfaisance du duc a probablement nui à ses proches, Louis XVI fut arrêté à Varennes dans une voiture qui aurait appartenu à la maison de Penthièvre. Louis de Penthièvre sera très affecté par l’assassinat de sa belle-fille, princesse de Lamballe et par le vote de la mort du roi de son gendre Louis-Philippe d’Orléans.

     

     Thomas et Victor BOUCHU :

         Les idées révolutionnaires étaient soutenues par les Maîtres de Forges, acquis aux idées de Diderot, hommes très influents occupant de nombreux ouvriers, ils faisaient vivre les habitants des vallées. Thomas président de la société populaire locale, maire d’Arc de 1789 à 1791. Victor fut le premier maire élu d’Arc en Barrois de 1791 à l’an IV puis de l’an VIII à l’an X.  L’année 1791, lors de la vente du maigre mobilier des Récollets, la municipalité d’Arc obtient des Comités d’aliénation des biens que la mise au tombeau et un tableau soient distraits de cette vente et transférés dans l’église.

         Extrait du registre des délibérations du conseil général de la commune d’Arc, 14 messidor an II:  

    « Le citoyen Victor BOUCHU, maire a fait rapport qu’il a procédé le jour d’hier en sa présence et celle du citoyen Gilles Jacob, officier municipal, par les citoyens Le Brun et Piot, commissaires à ce nommés par l’administration, à la visite du cy devant tombeau du calvaire et du tableau étant au-dessus du retable de l’autel de la cy devant église du Calvaire, et que, d’après la visite desdits commissaires, ils ont pensé que ledit tombeau étant en pierre ainsy que les statues qui l’entourent, doivent être détruits et qu’ils avoient chargé ledit BOUCHU maire de tenir la main à ce que le monument fut brisé le présent jour, pourquoi il en faisoit part audit conseil général. Surquoy, un membre de ce conseil a demandé la représentation de l’extrait du procès-verbal desdits commissaires et sur lequel il a été observé par le citoyen maire, que les commissaires n’en avoient point laissé. L’agent national entendu. Le conseil général considérant que quatre des six statues en pierre qui entourent ledit tombeau ont été sculptées par un artiste célèbre de Rome et qu’elles pourroient servir de modèles dans l’art de la sculpture, est unanimement convenu que jusqu’à ce que les commissaires ayent envoyé l’extrait de leur procès-verbal à la municipalité, il seroit sursis à la destruction de ce monument qui pourroit être mis au nombre de ceux que la Convention Nationale a eu l’intention de conserver par son décret du 14 Pluviôse dernier et dans ce cas faire partie de la collection précieuse destinée à enrichir le dépôt qui doit être fait dans le chef-lieu du district du département, et que cet extrait du procès-verbal  des commissaires qui sera transcrit sur ce présent registre servira à mettre à l’abry le conseil général des reproches qu’on pourroit luy faire d’avoir laissé détruire un monument qui aux yeux de tous les connoisseurs qui l’ont vu, a passé pour un chef-d’œuvre de l’art. Arrête en conséquence le conseil général que l’agent national de cette commune informera sans délai l’administration du district de Chaumont de la présente résolution »

     

     Claude-Pierre 1738-1796 et Gabriel PEIGNOT 1765-1848 :

         Claude-Pierre est né à Vesoul d’un père maître menuisier, il se marie à Agathe Lanet de famille noble, en juillet 1765 à Aubepierre. Il exerce la profession de « receveur des aides (impôts indirects)» au nom du duc de Penthièvre. Peu de temps après il obtient le baccalauréat de droit à Dijon et le titre d’avocat en Parlement. L’année 1765 naît son fils Gabriel. Il est juge-bailli du marquis de Dinteville en 1769, puis lieutenant au baillage d’Arc et prévôt-juge de Ternat pour le duc de Penthièvre en 1777. Enfin il est notaire à Arc en mars 1789 à l’époque de la rédaction des Cahiers de Doléances. Il met au travail son fils Gabriel dès l’âge de quinze ans chez un juriste, voit d’un mauvais œil les penchants de son fils pour les vers et la littérature et l’envoie au régiment de Bourbon. Gabriel fait amende honorable et poursuit son droit à Besançon. La révolution met à mal les projets de Claude-Pierre : l’achat d’une charge de conseiller du roi pour lui-même ou son fils et ainsi être anobli. 

         GABRIEL PEIGNOT : il a une enfance assez semblable à celle de ses amis et compatriotes Thomas et Victor Bouchu.  Il sera successivement étudiant, militaire, garde du corps de Louis XVI, poète, auteur dramatique, acteur, entrepreneur de travaux publics, orateur officiel des réunions populaires, commandant de la garde nationale d’Arc, instituteur et …suspect ! Lors de la cérémonie de la fête de la Raison, homme de loi, il prononce un discours dans le temple de la Déesse, de même à la fête de la réunion civique d’août 1793. Ayant soumissionné sans succès l’entreprise de la démolition des tours et remparts féodaux, il se fit instituteur. Son objectif est exposé devant le conseil général de la commune : procurer à la jeunesse les connaissances utiles à tout républicain, comme la morale républicaine, l’art de parler la langue avec pureté et précision, la science de raisonner, la géographie, ne demandant pour toute rétribution que l’assiduité, la bonne volonté et le succès de ses élèves.

         Il est rapidement suspect du fait de son ancien état de garde du corps et de la position de son père au bailliage pour la « citoyenne Louise-Adélaïde veuve Égalité ». Malgré la protection de ses amis Bouchu, il doit s’enfuir. Durant ses pérégrinations il sera : historien, littérateur, bibliographe, bibliothécaire et principal du collège de Vesoul, membre de la société des antiquaires, membre de l’académie de Besançon, en 1825 proviseur du collège de Dijon, inspecteur de l’imprimerie et conservateur honoraire de la bibliothèque, président de l’académie de Dijon en 1832, il termine sa carrière comme inspecteur d’Académie en 1838. Il est l’un des plus originaux et plus grands érudits du siècle, faisant montre d’un style simple, clair, net et concis. De nombreux écrits nous sont restés ainsi que plusieurs dizaines d’études bibliographiques et essais. Les édiles d’Arc n’ayant pas oublié que leur compatriote était avocat, lui demandent de plaider pour eux à Dijon, un procès d’une grande importance qu’ils avaient à soutenir contre une haute et puissante maison (1819). 

     

     Eugénie-Adelaïde d’ORLÉANS : 1777-1847

         Comme pour son frère Louis-Philippe, parrain et marraine sont Louis XVI et Marie-Antoinette. A 17 ans elle se réfugie en Suisse puis rejoindra sa mère à Barcelone. Femme de caractère, à la restauration, elle est considérée comme l’égérie de son frère. Elle hérite de sa mère Louise-Adélaïde de Penthièvre et entreprend l’agrandissement du château d’Arc, celui-ci est doublé dans sa longueur et la jonction entre les deux parties est traitée en avancée sur les façades sud et nord du bâtiment, les sanitaires sont en cuivre. Le château est complété par un parc à l’anglaise avec pièce d’eau, des écuries et communs pour les domestiques. Il possède son horloge installée dans les combles et les cloches dans un clocheton central supprimé lors de la réfection du toit en 1968, l’horloge était remontée journellement.

         Adélaïde d’Orléans fonde à l’hospice un ouvroir, bâtiment aujourd’hui disparu, qui était destiné à apprendre à travailler aux jeunes filles de la commune. Quatre sœurs de la Providence étaient chargées de l’entretien de l’hospice, des soins, de l’ouvroir et de l’école des filles.

         À son décès en 1847, les travaux du château étaient terminés, la niche sur la façade sud était semble-t-il prévue pour y loger une statue de son frère le roi Louis Philippe. La seconde république instituée, le roi exilé en Angleterre, la niche restera vide. Adelaïde a transmis ses propriétés à l’un de ses neveux : François prince de Joinville qui avec ses frères le duc d’Orléans et le duc d’Aumale a pris Alger et capturé Abd el Kader (1832). Dans les salons du château, deux immenses tableaux illustrent cet épisode : les combats vus de la côte et  vus de la mer. 

     

     Docteur Abel POULLAIN : 1826-1896

         Naît à Arc en Barrois et suit les traces de son père médecin dans notre commune. Il effectue ses études de médecine dans la plus ancienne des facultés : Montpellier et soutient sa thèse en 1855. Il prend la succession de son père, exerce sa profession avec dévouement, soigne les bûcherons ou charbonniers dans les bois en se déplaçant avec une voiture à cheval, il est décrit comme bon, humble, paisible, oubliant souvent de se faire payer. Il parcourt le canton, va par monts et par vaux, s’intéresse à l’archéologie, à l’histoire locale, aux dolmens, rédige plusieurs fascicules. Républicain convaincu, il soutient la candidature de François-Frédéric Steenackers et sera élu maire sur une courte période à l’avènement de la troisième république. Son activité professionnelle étant incompatible avec un mandat, il laisse la place à son ami Amédée Pierre.

         On ne peut évoquer Abel Poullain sans signaler l’un de ses contemporains, l’instituteur André qui éduque des générations d’enfants à la fin du dix-neuvième, il est aussi géomètre-arpenteur. C’est lui qui réalisera les croquis pour les ouvrages du docteur Poullain, les cartes du monde ou du canton qui orneront les murs de sa classe.

         Abel POULLAIN décrit la société paysanne ainsi : « Aussitôt que le fils ou la fille du paysan a atteint l’âge dit de raison (7 ans), on l’envoie à l’école communale dirigée par un instituteur ou une religieuse, mais seulement pendant les mois d’hiver. L’été, l’école est déserte, les enfants gardent les troupeaux, portent la nourriture aux champs, conduisent l’attelage du laboureur ou glanent des épis. Pendant cette saison où leur vie est si active, ils oublient ce qu’ils ont appris pendant l’hiver. Ils quittent enfin l’école à 12 ou 13 ans ; alors leurs travaux sont à peu près les mêmes que ceux des parents. Le paysan commence sa journée d’été à 3 ou 4 heures du matin. Après avoir donné ses soins aux bestiaux, il part avec eux et reste dans la plaine jusqu’au crépuscule du soir. C’est aux champs qu’il prend ses deux premiers repas. » 

     

      François-Frédéric STEENACKERS : 1832-1911

         Belge par son père, français par sa mère, il naît à Lisbonne et arrive à Paris à l’âge de six ans. Il effectue une partie de ses études à Grenoble puis au collège Louis le Grand à Paris. Passionné de sculpture, un art qu’il pratique, il a des ambitions littéraires et publie plusieurs livres tels : Agnès Sorel et Charles VII, L’invasion de 1814 en Haute-Marne ; un écrit critique corrosif et décapant du régime impérial : le paysan, l’impôt et le suffrage universel… ou des rapports tel : Les eaux publiques à Arc en Barrois. Homme très actif, éclectique, sculpteur habile, considéré comme visionnaire et incorruptible, il cherche le calme pour écrire et loue le château au prince de Joinville. Il se lie d’amitié avec Abel Poullain, Amédée Pierre et rédige un projet de distribution d’eau dans la commune : une installation d’eau courante sous gravitation qui sera un modèle en 1877.  F.F. Steenackers sera conseiller général du canton puis se fera élire député républicain contre le candidat bonapartiste. Il est partisan de l’établissement de l’impôt sur le revenu ce qu’un journal de droite estime inique et immoral ! Il est l’auteur d’une motion contre la peine de mort et les exécutions publiques, d’une autre motion pour la suppression des crédits alloués aux chanoines de St. Denis.  

         En 1870, Napoléon III est pris à Sedan, les républicains renversent l’empire, Gambetta lui offre le  poste de directeur général des télégraphes et postes, équivalant au ministre des Postes. Pendant les conflits, les communications étaient primordiales, pour répondre à l’envahissement du territoire il fait relier les forts de Paris ou des villes de l’ouest par télégraphe. Afin d’éviter l’isolement de Paris, ses services testent diverses méthodes : aérostats, l’un des ballons portait le nom de Ville de Langres, boules de Moulins, pigeons. Le gouvernement se replie à Tours puis à Bordeaux, dans ces déplacements une Arcquoise est à son service : Aurélie Picard.                                                                                 

         En 1871, ses obligations ne lui permettent pas de défendre son siège. Après sa démission, il retrouve le calme d’Arc pour écrire. Il est commissaire général au chemin de fer en 1884, réélu député pour quatre ans en 1885. Battu aux élections suivantes, il quitte la Haute-Marne, devient le directeur des tabacs. Il décède à Rouen. Le musée postal conserve un buste avec la mention : « offert à la ville d’Arc en Barrois par son dévoué et reconnaissant ».

     

     Amédée PIERRE 1818-1908

        Il a été maire de la commune. Suite à la capitulation de Sedan en septembre 1870, les troupes Prussienne arrivent en Haute-Marne, le 12 novembre à Arc. Les réquisitions sont drastiques et la population se retrouve sans pain. Il parlemente avec le préfet Prussien, un personnage poli mais intransigeant. Amédée Pierre ne souhaitant plus rien réclamer à ses administrés,  proposera ses propres biens. L’occupation se poursuivra jusqu’en 1872. L’État n’indemnisera que le dixième des dommages causés par cette occupation. Il est l’un des novateurs, la cité lui doit l’installation de l’adduction d’eau en 1877. 

     

     

     

     

     Aurélie PICARD-TIDJANI : 1849-1933

         Aurélie Picard naît à Montigny le Roy, elle est l’aînée d’une nombreuse famille. Son père, gendarme, est ancien militaire en Algérie et à la fin de l’Empire, il vient prendre sa retraite à Arc en Barrois. Rapidement, elle songe à se faire une situation, après une formation de modiste elle est gouvernante chez un général. Le château d’Arc est loué à la famille Steenackers et Aurélie quitte son premier emploi pour devenir demoiselle de compagnie. Elle suit son employeur et le gouvernement provisoire à Tours puis à Bordeaux où elle rencontre un riche seigneur musulman. Relation amoureuse, probablement et aussi opportunité de construire une autre vie que celle réservée aux femmes de l’époque. Elle devient l’inspiratrice occulte d’une confrérie musulmane, sera la conseillère de deux princes-marabouts. Le prince, Sid-Ahmed Tidjani (1850-1897) était originaire d’une ville forteresse et monastère à la fois à 500 kilomètres environ au sud d’Alger.   

         Aïn-Madhi, en bordure du Sahara près de Laghouat est une ville fondée par les ancêtres de Sid-Ahmed, descendants du sultan marocain, onze siècles avant notre ère.  Sid-Ahmed était chérif (prince) et cheikh de la confrérie, son autorité sur les peuplades nomades s’étendait sur tout le Sahara : Algérie, Tunisie, Maroc, jusqu’au Soudan. Il avait montré une certaine neutralité face à la colonisation. Il est amené en France en 1869 et suit les déplacements du gouvernement, en résidence quasi surveillée. Le ministre des postes M. Steenackers logeait dans le même hôtel que le prince. Le cheikh ne tarda pas à faire sa demande en mariage qu’Aurélie accepta. Le mariage fut célébré Mgr Lavigerie puis par le mufti Bou-Kandoura. Aurélie s’habitue aux codes vestimentaires locaux, préfère le cheval au basour (sorte de palanquin) sur un chameau pour rejoindre Aïn-Madhi.

         Une première victoire a été de se faire accepter par la famille du cheikh puis devenir sa seule et unique épouse. Elle a le désir de rendre service à la confrérie, elle en apprend le fonctionnement, la doctrine, l’histoire de la Tedjania. Elle fait en sorte que l’aura et le lustre de son mari soient restaurés en perpétuant l’hospitalité de ce seigneur : asile et secours gratuits aux voyageurs. Elle fera preuve de grande diplomatie en des temps de « pacification » de l’Algérie, elle gère les biens, soigne, fonde une école et un hospice pour les infirmes. Aurélie avait aussi pour ambition d’apporter les progrès de l’agriculture dans ces terres désertiques, enseigner l’agriculture aux autochtones. L’eau de l’oasis d’Aïn-Madhi ne pouvait supporter les besoins du projet, une source est trouvée à quelques kilomètres dont le débit permettait de cultiver 60 hectares, le domaine de Kourdane. Des forages postérieurs permettraient une extension dix fois supérieure.

         Sid-Ahmed en voyage en Tunisie meurt jeune, son corps est transporté et inhumé à Kourdane. Aurélie rejoint Alger estimant son devoir accompli. Le frère de Sid-Ahmed, Sid-El-Bachir, plus faible de caractère, prend la tête de la confrérie. L’exploitation retombe petit à petit dans les difficultés d’antan, le retour d’Aurélie est souhaité par tous. Le mariage avec Sid-El-Bechir s’est imposé, mariage de raison ou plutôt formalité politique. Quatre écoles ont été fondées par Aurélie dont un ouvroir-école pour les filles. Son second mari est décoré de la légion d’honneur, il décède en 1911. Elle se retire de nouveau à Alger, puis revient à Arc après la guerre, dans sa maison au 99 rue A. Gabeur. Elle fera un séjour à Kourdane en 1922-1923 constatant la lente décrépitude de ce qu’elle avait créé. En 1924 elle s’installe de nouveau en Algérie dont le climat lui est plus doux que celui du plateau de Langres. La légion d’honneur lui est enfin remise peu de temps avant son décès. Elle est inhumée auprès de son mari. Une plaque commémorative est apposée sur sa maison, actuellement le bureau de poste.

     

     Docteur CHAUFOURT

         Chercheur en radiologie à l’Institut Pasteur, il vient en villégiature à Arc. En fin de semaine, il arrive de Paris à Chaumont, radiographie malades ou blessés et se repose le week-end à Arc. Il décèdera d’une leucémie due à sa profession.

     

     Edmond BRUET : 1890-1960

         Né à Arc, son père est manouvrier, il travaille chez le notaire puis s’engage dans l’armée et en est rapidement déçu, rejoint ses pénates après la seconde guerre mondiale. Il part à Paris et trouve un emploi chez Farnier-automobiles, suit des cours du soir à la Sorbonne. Il sera ingénieur des Mines, licencié puis docteur es-sciences naturelles en 1932, appartient au Centre de  Recherche Scientifique. En mission à l’étranger plusieurs mois par an, il rédige des ouvrages de géographie, géologie ou ornithologie en lien avec les régions visitées : L’Alaska, Le Nouveau Québec, La vie étrange des roches, Minéraux radioactifs et terres rares, Les oiseaux d’Amérique. Il décède à 70 ans lors d’une mission en Thaïlande.   

     

     André CERBONNEY : 1900-1992

         Né d’un père ouvrier à la scierie, à quinze ans va à Paris gagner sa vie chez un cousin épicier. Ce dernier s’entraîne en athlétisme et emmène André au stade Jean Bouin où sa foulée est remarquée. Il signe une licence au club C.A.S.G.et trouve en même temps un sponsor en la Société Générale. À partir de 1923, seize fois international, champion de France en 1927, il participe aux Jeux Olympiques de 1924 puis en 1928, courant le 100m, le 200m et le 4x100m. Après sa vie sportive, il s’installera à Sallanches en Savoie puis à Ugine ville de production d’aluminium où une place porte son nom.